Le village Troglobal

L’histoire de Troglobal commence en 1997, lorsque cinq amis, dont deux acheteurs, décident de réinvestir un terrain truffé de caves troglodytiques avec, en contrebas, une ancienne petite carrière d’exploitation de tuffeau. De cette friche ils décident de faire un village ouvert. À force de bonne volonté et de soutien, la décharge sauvage que l’endroit est devenu au fil du temps et la végétation envahissante sont déblayées pour rendre le lieu habitable.

reportage publié sur reporterre.net

Un lieu collectif

Le site troglodytique est actuellement occupé par une vingtaine d’âmes en moyenne, qui s’installent ou repartent selon leurs besoins et envies. Le quotidien se partage entre un lieu privé – une cave aménagée, une maison, un bus, une cabane, un dôme – et des lieux communs. La grande cour au cœur du hameau en est le centre névralgique. C’est par elle que l’on accède à la cuisine, à la réserve, au bureau avec ordinateurs et téléphone à disposition, à la bibliothèque ou à la salle de musique, chaque espace étant une cave creusée dans la roche. Le village lui-même devient alors un lieu collectif réunissant des gens de tous bords et de tous horizons, car aucune ligne politique ou religieuse n’oriente la philosophie de ce groupe. L’aspiration commune de ceux qui s’y établissent est de prendre un peu de recul face à une société qui ne répond pas pleinement à leurs attentes. Sans hiérarchie établie, les décisions concernant les travaux, les rénovations où les tâches à effectuer se prennent en commun, au cours de réunions hebdomadaires. Ces discussions, parfois vives, servent aussi à soulever les problèmes que posent inévitablement la vie en collectivité : l’utilisation des espaces, les éventuelles difficultés relationnelles ou l’établissement des priorités de la semaine peuvent être sujets à controverse. Pas de votes à la majorité, c’est le consensus qui est de mise dans le fonctionnement de ce collectif. Cependant, la part de liberté est assez grande pour que chacun soit aussi tout à fait libre de prendre ses propres initiatives à tout moment. Ainsi la bonne volonté de chacun est-elle le moteur du quotidien du village Troglobal, suivant la motivation à effectuer ou non les tâches journalières comme la cuisine, la vaisselle, l’entretien du jardin, des toilettes sèches, etc.

Une démarche écologique et alternative

La dynamique du lieu incite les résidents du village à adopter une démarche écologique. Les toilettes sèches en sont un exemple, comme l’eau, puisée dans une nappe phréatique et évacuée dans un système de phytoépuration avant d’être rendue à la nature. Dans le même esprit, la serre et le potager permettent quelques récoltes issues du travail de la terre fourni par certains. Celles-ci leurs étant insuffisantes pour se nourrir, les habitants récupèrent, chez les commerçants et agriculteurs des alentours, des aliments consommables mais impropres à la vente. La récup’ n’est d’ailleurs pas exclusivement alimentaire. Pour les travaux, les rénovations et autres chantiers, la plupart des matériaux sont des rebuts chinés çà et là. Avec peu d’argent, les villageois subviennent à leurs besoins primordiaux et peuvent alors avoir du temps pour se consacrer à leurs occupations personnelles.

La part de l’art

L’art, par exemple, est omniprésent à Troglobal, sous différentes formes : musique, peinture, photo ou vidéo… Partout où le regard se pose, des sculptures ornent les lieux. Celles de pierre, taillées dans le tuffeau, surplombent la cour et décorent les caves. Celles de métal, immense sphère de tiges de fer ou arbre immortel, modèlent un paysage atypique. Portes et fenêtres sont souvent ornées de vitraux créés dans l’atelier voisin. Car outre les caves d’habitation et les caves collectives, on trouve dans le village des caves ateliers. Vitrail donc, poterie, fonderie, couture, forge ou polyvalent, ces espaces sont à la disposition de qui veut y travailler. La taille de pierre, vocation historique du lieu, n’est pas en reste puisque l’ancienne carrière, tout en bas du site, est en cours de rénovation.

La consolidation du ciel de carrière par la confortation des piliers et la création de voutes en pierre est un chantier titanesque, mais qu’importe : les artisans qui s’y attèlent ont le temps. C’est là le luxe qu’ont choisi les habitants de ce lieu, quelle que soit leur activité : le temps et la solidarité, forces de leur collectif, plutôt que le couteux confort superflu qui engendre la surconsommation des ressources et des biens. Ils travaillent la pierre, le métal ou la terre. Ils conçoivent des sculptures de tuffeau ou de bronze, des vitraux ou des meubles. Mais surtout et avant tout, ils créent un mode de vie choisi et responsable.